L’écloserie de Mbodiène est une infrastructure piscicole constituée de différents bassins destinés successivement à la reproduction, l’incubation des œufs et l’élevage des larves jusqu’à l’obtention d’alevins commercialisables.
L’eau issue d’un forage est acheminée dans un château d’eau. Ce dernier approvisionne de manière gravitaire l’écloserie où a lieu l’incubation des œufs et l’élevage des jeunes larves suivant l’éclosion. Après une dizaine de jours, les jeunes alevins sont transférés dans des bassins de prégrossissement alimentés directement en eau par le forage.
- L’eau d’élevage naturellement enrichie par les poissons est utilisée pour irriguer les zones maraîchères.
- L’alimentation énergétique du forage et de l’écloserie est assurée par une installation solaire.
- Le site est dimensionné pour une production de 800 000 alevins de tilapia et de 200 000 alevins de clarias par an.
- L’écloserie sécurise l’approvisionnement des fermes aquacoles déjà développées dans le cadre du programme Ar Jeeguen. Ces fermes suivent le même modèle que l’écloserie : l’eau enrichie par les poissons est utilisée pour irriguer les cultures maraîchères adjacentes.
Grâce à la plateforme aquacole de l’Institut, le modèle a pu être optimisé via un démonstrateur aquaponique à petite échelle (1/100). Ce système repose sur le principe de la recirculation en circuit fermé, permettant la réutilisation intégrale de l’eau utilisée. Le fonctionnement est simple : les poissons sont élevés dans des bassins dont l’eau, chargée en nutriments issus des rejets organiques (fèces et granulés non consommés). Ceux-ci alimentent les cultures maraîchères par écoulement gravitaire (voir schéma ci-dessus) et constituent une source naturelle d’engrais favorisant la croissance des plantes (photo ci-contre).
Entre la partie piscicole et les cultures, un filtre biologique à base de pouzzolane assure la minéralisation de la matière organique, la transformant en éléments assimilables par les plantes. En absorbant ces nutriments, les végétaux participent à l’épuration de l’eau qui peut ensuite être réinjectée dans les bassins d’élevage. L’ensemble du système est maintenu en fonctionnement grâce à deux pompes de 90 watts (W).
Le système aquaponique a été dimensionné en se basant sur le cycle de production du Tilapia (Oréochromis niloticus), une espèce reconnue pour sa croissance rapide, permettant d’atteindre une taille commercialisable en six mois d’élevage. Durant la phase initiale de mise en route, les alevins sont introduits progressivement, à raison d’un bac par mois pendant les six premiers mois. Au début du septième mois, les poissons du premier lot ont atteint leur taille de marché. Ils sont alors récoltés, le bac est nettoyé puis “réempoissonné”.
A partir de ce stade, le système entre dans un régime de croisière: la charge biologique devient stable, garantissant un flux constant de nutriments pour la production maraîchère. Ce mode de fonctionnement présente un double avantage : il permet d’étaler de manière homogène les productions aquacole et maraichère dans le temps, tout en réduisant les besoins de stockage.
Grâce à ce système, les aquaculteurs peuvent mieux valoriser leur production en la répartissant tout au long de l’année, sans saturer le marché.
Après plus d’un an de fonctionnement, les résultats obtenus confirment la fiabilité du dispositif au regard des principaux critères d’évaluation:
- i) la croissance des poissons,
- ii) la productivité du système,
iii) l’efficacité énergétique.
- Croissance
La vitesse de croissance du tilapia dans le système mis en place s’avère très prometteuse: un alevin de 35g atteint un poids moyen de 320g après six mois d’élevage (voir courbe ci-contre). Cette performance a été obtenue en reproduisant au plus près les conditions locales du Sénégal, tant au niveau des températures que de la taille initiale des alevins, objectif poursuivi par l’écloserie de Mbodiène. Cette année de référence constitue ainsi une base solide pour les prochaines expérimentations.
- Productivité
L’efficacité d’un système aquacole se mesure à travers la quantité d’aliment nécessaire pour produire 1kg de poisson. Cet indice de conversion reflète la performance de l’itinéraire zootechnique: plus il est faible, plus l’aliment est efficace, et inversement. En fonction du niveau trophique des espèces, la plage de valeurs considérées comme acceptables varie. Pour les espèces omnivores telles que le tilapia, l’indice de conversion doit généralement se situer entre 1,2 et 2,5. Il se calcule via la formule suivante :
Le tableau ci-dessous présente la synthèse des indices de conversion mensuels pour l’ensemble des cycles de l’année 2024. Globalement, les valeurs observées se situent dans la plage correspondant à une conversion alimentaire normale. Une exception est toutefois relevée au cours du quatrième mois, où la moyenne dépasse 2,5. Ceci s’explique par la contre-performance d’un des lots durant cette période d’élevage. De manière générale, les indices pourraient être plus proches de 1,2. Le maintien de conditions de croissance optimales, notamment la température, pourrait en partie expliquer les valeurs relativement élevées observées. Malgré les ajustements mis en place pour conserver une température supérieure à 24°C, certains lots ont subi des épisodes plus frais, susceptibles d’avoir temporairement affecté leur métabolisme.
| Moyenne IC | 1,57 | 1,77 | 2,13 | 2,65 | 1,99 | 2,09 |
| Ecart type | 0,58 | 0,50 | 0,85 | 0,99 | 0,48 | 0,65 |
C’est en intégrant la production maraîchère (tableau en annexe n°1) à la production piscicole que le système aquaponique démontre tout son intérêt. En effet, si on considère que l’aliment, seul intrant du système, permet aussi la croissance des légumes, on obtient les résultats suivants:
| Moyenne IC | 0,34 | 0,22 | 0,12 | 0,13 | 0,14 | 0,12 |
| Ecart type | 0,57 | 0,34 | 0,01 | 0,01 | 0,01 | 0,02 |
On constate alors une amélioration de l’indice de conversion d’un facteur 10, témoignant d’une optimisation significative de l’utilisation de l’aliment.
- Efficacité énergétique
Un autre élément clé dans l’évaluation d’un système aquaponique tel que celui-ci concerne sa performance énergétique. En 2024, le système fonctionne à l’aide de deux pompes de 90 W, soit une consommation annuelle totale estimée à 65,7 kWh. La consommation d’eau s’est élevée à environ 8 000 L, incluant le remplissage initial, la vidange des bacs lors de la récolte précédant le “réempoissonnement”, l’évaporation ainsi que les pertes techniques. En moyenne, cela correspond, sur une année complète de production, à une consommation de 45 L d’eau et 0,6 kWh pour produire 1kg de légumes et de poisson.
Pistes d’améliorations et ouverture
Au regard de ces premiers résultats, le système aquaponique présente un potentiel évident pour une mise en œuvre simple et efficace. Il convient toutefois de souligner que ces performances ont été obtenues dans un cadre expérimental, avec plusieurs ajustements indispensables réalisés tout au long de l’année de référence afin de répondre à différents défis techniques liés aux conditions spécifiques de l’infrastructure, notamment :
- i) la mise en place de solutions de lutte biologique suite à l’apparition de nuisibles dans les cultures maraîchères,
- ii) la modification du système d’évacuation d’eau dans les bacs piscicoles pour limiter l’accumulation de fèces au fond,
iii) la gestion de la température sous verrière afin de rester au plus près des conditions réelles de terrain,
- iv) la gestion ponctuelle d’épisodes de fuite.
Dans la continuité de ces travaux, l’Institut océanographique Paul Ricard envisage la conception d’un démonstrateur à l’échelle 1/10 au Sénégal. Ce dispositif aurait pour objectif de valider le système en conditions réelles tout en l’adaptant aux particularités locales, qu’il s’agisse des matériaux disponibles, de l’autonomie énergétique ou des variétés maraîchères cultivées.
Parallèlement, une réplique du système pourrait être construite sur la plateforme expérimentale de l’Institut afin d’explorer plusieurs axes d’amélioration :
- Construire des bassins de plus grande taille pour réduire les comportements agressifs des poissons.
- Diviser la zone maraîchère en quatre parcelles afin d’analyser plus finement la productivité végétale.
- Obtenir une nouvelle année de référence sans modification progressive du dispositif.
- Disposer d’un système miroir facilitant la résolution des problématiques identifiées sur le terrain.
Un partenaire a d’ores et déjà été identifié au Sénégal pour accueillir le démonstrateur : une ferme située au sud de Mbodiène. Ce site, également dédié à la formation, constitue un lieu idéal pour développer un volet pédagogique associé au projet.
Annexes :
Annexe n°1 : Tableau de production maraîchère du système aquaponique
| Maraichage | Production (g/an) | Production (g/mois) | Production (g/jour) |
| Piments de Cayenne | 1875,4 | 156,3 | 5,1 |
| Tomates | 64350,2 | 5362,5 | 176,3 |
| Piments végétariens | 4235,4 | 353,0 | 11,6 |
| Gombos | 2440,0 | 203,3 | 6,7 |
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